lundi 30 mars 2015

La solitude du thésard de fond


La solitude du thésard de fond

Par : Héloïse Lhérété
 
Comme le coureur de fond, le doctorant doit tenir la distance. 
Mais à la différence du marathonien, personne n’a tracé pour lui 
de ligne d’arrivée. Le plus dur dans la thèse, c’est de finir.
Au début, tout était rose. Sophie se répétait avec gourmandise : « Je suis en thèse d’anthropologie.  » Elle salivait rien qu’en pensant à son sujet de recherche. Étudiante brillante, bénéficiaire d’une bourse de recherche, elle se rêvait en futur Lévi-Strauss. Puis le temps a passé. Les références bibliographiques se sont amoncelées. « Je cherche, je cherche, et hop… je me remets à chercher », déplore-t-elle. Sa vie a pris une mauvaise pente : elle s’est fâchée avec son directeur de thèse, s’est mise à déprimer et à dépenser ses maigres ressources chez un psychiatre. « J’ai l’habitude des thésards  », lui a confié ce médecin. Entre-temps, les amis de Sophie se sont mariés, ils ont eu des enfants. Ils ont acheté une belle voiture, pris un crédit immobilier. Aujourd’hui, Sophie a le sentiment amer de faire du surplace. Envisage-t-elle d’abandonner cette thèse qui, de son propre aveu, lui « pourrit l’existence » ? Non, elle n’ose pas. « C’est impossible, mes parents ne comprendraient pas », glisse-t-elle d’une voix étranglée. Elle a 40 ans.

Comme Sophie, 65 000 personnes sont actuellement embarquées dans une thèse de doctorat en France, dont plus de la moitié, 38 000, en lettres, langues, économie, droit et sciences humaines. Le nombre de thèses délivrées chaque année (autour de 10 000) a doublé en vingt ans, sans que les perspectives d’emploi ne s’ouvrent vraiment (1). Les situations – tant matérielles que psychologiques – varient d’un doctorant à l’autre : certains ont un financement, d’autres non ; certains ont choisi leur sujet, d’autres se le sont vu imposer ; certains travaillent en solitaire, d’autres sont insérés dans une équipe… Mais tous s’accordent sur un point : la thèse s’apparente à une épreuve personnelle. Elle ne se résume pas à une aventure intellectuelle, elle engage tous les domaines de la vie. Elle consume le temps, transformant son auteur en un être hybride, mi-étudiant, mi-adulte, coincé entre deux âges. Elle dévore aussi l’espace, par l’empilement de livres, de fiches et de brouillons. Elle empiète sur la vie privée. Elle prend la tête. Elle occupe aussi le cœur, par l’implication affective qu’elle suscite : « Ma thèse, c’est ma vie, ma passion, ma maîtresse  », résume joliment Tanguy, doctorant en droit, qui planche depuis cinq ans sur « Les actions de préférence et les groupes de société ». C’est aussi l’objet de toutes ses angoisses, à mesure que s’approche le cap de la trentaine. « Heureusement que je n’habite plus chez mes parents, reconnaît Tanguy, non sans humour. Parce que sinon, avec mon prénom, ce serait le pompon. »


Un choix de vie


Pourquoi s’engage-t-on dans une telle aventure ? Quand on leur pose la question, la plupart des apprentis chercheurs bottent en touche. « Il y a des questions qu’on ne pose pas à un thésard  », réplique Arthur, doctorant en géographie croisé sur Twitter. Quelques-uns avancent timidement « le goût de la recherche », le fait de « construire quelque chose avec sa pensée ». Hélène, doctorante en psychologie à Metz, admet avoir peur du chômage : « La thèse me permet de repousser l’échéance de la confrontation au marché du travail. »

Seuls 10 % des doctorants en sciences humaines touchent une allocation de recherche. Les mieux lotis ont un contrat en entreprise ou dans un organisme privé de recherche, mais ils gagnent rarement plus de 1700 euros par mois. Autant dire que l’argent n’est pas leur motivation. De nombreux doctorants travaillent à côté. Tanguy, le thésard en droit, occupe ainsi un poste de juriste en entreprise. Il fait sa thèse « le matin avant de partir au boulot, entre midi et deux pendant la pause déjeuner, et parfois le week-end  » et dit trouver son équilibre dans ce va-et-vient. Certains vivotent grâce à l’appui financier de leurs parents ou de leur conjoint, situation moralement inconfortable. Quant aux perspectives professionnelles, elles se révèlent plutôt déprimantes. Les places de chercheur au CNRS ou de maître de conférences à l’université, graal de tout doctorant, sont cruellement rares… La situation vaut à peine mieux du côté du privé. Une étude récente a révélé qu’en France, le doctorat constitue un frein à l’embauche. Les recruteurs jugent souvent les docteurs trop vieux, trop rigides, trop théoriques…, et leur préfèrent les titulaires d’un master professionnel ou d’un diplôme de grande école (2).

Michel Beaud, auteur de L’art de la thèse (3), prévient : « C’est une erreur de se lancer dans une thèse (…) si on n’a pas des raisons sérieuses et profondes de la mener à bien. » De son côté, la sociologue Claudine Herzlich, auteure d’un livre du même type destiné aux apprentis chercheurs en sciences sociales (4), insiste sur l’importance d’un « projet réaliste, simultanément au plan intellectuel et professionnel ». 
En d’autres termes, il est vain de se lancer sans un bon sujet, une grosse capacité de travail et un amour inconditionnel pour la recherche. L’essentiel est peut-être ce dernier point. « On met souvent en avant la galère la thèse. Mais elle représente aussi un luxe. Pendant quelques années, on a la chance de se consacrer, en toute liberté, à quelque chose qui nous passionne », rappelle Hélène, dont la thèse de psychologie porte sur « Les situations embarrassantes entre deux personnes ».


Des ennemis très prosaïques


Démarrer une thèse est souvent exaltant ; la principale difficulté consiste à tenir à la distance. La liberté qu’offre la recherche peut se retourner en cours de route en un sentiment redoutablement angoissant. Comment avancer dans sa thèse sans date butoir, sans surveillance et sans repères ?

La solitude du thésard est d’autant plus radicale que l’université française ne brille pas par ses capacités d’encadrement. Un sujet de thèse très pointu contribue aussi à isoler le doctorant. « C’est clair que je suis seul face à mes idées, seul face à mon ordinateur, et même seul dans mon monde, puisqu’aucun de mes amis ne comprend rien à ce que je fais » reconnaît Tanguy. Même les mieux insérés n’y échappent pas. Louise, doctorante en psychologie du travail, mène sa thèse dans un organisme de recherche privé. Elle est encadrée par une hiérarchie, évolue dans une équipe. Mais elle ne croise jamais personne pour discuter du fond de sa thèse. Elle en souffre un peu. « Le plus terrible, c’est quand je rentre chez moi, lâche-t-elle. Le soir, à table, je n’ai jamais rien à raconter. Aucune anecdote amusante sur ma journée de travail. Rien. »

Cette solitude fait partie de l’apprentissage du métier de chercheur. Évoluant dans une temporalité déstructurée, le thésard est censé puiser en lui les ressources qui lui permettront de progresser. Dans le creux de la thèse, il découvre que ses vrais ennemis sont rarement des « obstacles épistémologiques ». Ce ne sont pas des théories, des auteurs ou des courants de pensée… Les ennemis sont plus bêtement prosaïques : une flemme persistante, des pannes d’oreiller à répétition, un téléphone qui sonne trop souvent, une addiction à Internet, un compagnon qui compte sur vous pour les courses et le ménage puisqu’on est « à la maison toute la journée », une compagne délaissée qui s’éloigne, un banquier qui s’inquiète, une belle-sœur qui demande tous les dimanches « Alors, la thèse, c’est pour quand ? ».

La reconnaissance, 
enjeu crucial


Au fil des mois, la thèse peut ainsi se muer en véritable bourbier. Il suffit de jeter un œil sur les groupes de doctorants qui fleurissent sur Facebook. Ils rassemblent plusieurs milliers de thésards et portent tous des noms évocateurs : « Le huitième péché capital : s’embarquer dans une thèse », « Ma thèse de doctorat, c’est mon Irak à moi », « Les thésards qui trouvent leur thèse inter-“minable” », « Et ta thèse, elle avance ? Mais ta gueule ! »
 Derrière ces titres amusants peuvent se jouer des drames humains plus ou moins lourds. Une étude menée à l’université de Bretagne fait apparaître que la thèse est source de stress pour 73,6 % des doctorants. Ce stress se traduit par des symptômes connus : épuisement physique et psychique, angoisses, insomnies, idées noires, sentiment de culpabilité, émotivité exacerbée, accès de violence, douleurs somatiques diverses et variées. Les addictions sont monnaie courante : alcool, tabac, cannabis, psychotropes, boulimie, Internet… Certains doctorants connaissent des dépressions ou « pètent les plombs », en particulier ceux dont la thèse s’allonge au-delà de cinq ans (5).

Ces moments difficiles ne sont pas toujours fatals à la thèse. Pour la sociologue C. Herzlich, ils font même partie de sa « trajectoire », métaphore qu’elle emprunte à la sociologie de la santé : « Une trajectoire de thèse va connaître des plateaux monotones dont on redoute de ne pas voir la fin, des méandres dangereux, des rebondissements heureux et, parfois, des brisures définitives. » La motivation, jamais linéaire, connaît des hauts, lorsque le thésard trouve une bonne formulation ou découvre une lecture enthousiasmante. Des creux, lorsque les jours s’enchaînent sans que la thèse avance. Des abîmes, lorsque le sujet apparaît brutalement comme infaisable.

La reconnaissance de son travail par d’autres chercheurs se révèle alors cruciale. Il peut s’agir d’une reconnaissance financière – bourses, charge de cours, contrat d’édition, etc. – mais aussi de gratifications symboliques : sollicitation pour participer à un colloque prestigieux ou pour publier un bel article, honneurs, voire simples encouragements verbaux.
« Ma thèse a vraiment démarré après que j’ai présenté mon travail lors d’un séminaire de doctorants, raconte ainsi Justine, doctorante en philosophie. J’ai vu de l’intérêt dans le regard des autres, et j’ai reçu des félicitations. Ces signes ont été décisifs pour moi, à un moment où je doutais vraiment. Ils m’ont permis de passer le cap très difficile de la rédaction. » Que l’on soit financé ou non, se sentir reconnu dans son travail, dans sa démarche intellectuelle et dans ses compétences, notamment par son directeur de thèse mais aussi par ses pairs, constitue un puissant levier pour poursuivre l’effort jusqu’à la soutenance.


Abandonner ou conclure


Certaines thèses ne se finissent jamais, elles resteront toujours en souffrance. D’autres meurent à petit feu, parce que leur auteur les délaisse, sans toujours se l’avouer vraiment, pour une vie professionnelle plus épanouissante. 

Mais pour la majorité des thésards, il arrive un jour où il devient vital d’en finir. Dans ces cas-là, il n’existe que deux solutions : abandonner ou conclure. En lettres et sciences humaines, la première solution est la plus courante : le taux d’abandon avoisine les 60 % selon une étude menée par le Céreq (6). Les raisons principalement avancées pour justifier l’abandon en thèse sont d’« avoir trouvé un emploi » (dans 40 % des cas), des « raisons financières » (dans 30 % des cas) et d’être « lassé de faire des études » (dans 23 % des cas).Mais dans tous les cas, cette décision a été soupesée pendant de longs mois, parfois entravée par des pressions familiales ou académiques ; elle a été douloureuse à prendre.

Pour les autres, il faut une échéance. Certains parviennent à se la fixer eux-mêmes. Ainsi Tanguy, qui a déjà repoussé deux années de suite la soutenance de sa thèse de droit, a-t-il décidé qu’il terminait « cette année ou jamais ». D’autres ont besoin d’une contrainte extérieure : la fin annoncée d’un financement en CDD, le refus d’une nouvelle inscription l’année suivante, l’espoir de décrocher un poste à l’université « si la thèse est soutenue avant le 14 décembre ». Il n’est pas rare qu’un événement privé, tel la naissance annoncée d’un enfant, fixe la date butoir tant espérée. Le marathon irrégulier se termine alors en sprint final. Il faut aller au bout, quoiqu’il en coûte. À toute vitesse. Renoncer, l’espace de quelques mois, à ses loisirs et à son sommeil, pour consacrer toute son énergie aux derniers kilomètres. Quitte à revoir ses ambitions à la baisse, à sacrifier un chapitre, à rogner sur les relectures. Quitte à renoncer à être Einstein ou Lévi-Strauss, pour réussir seulement à faire ce qui est demandé : une thèse de doctorat, honnête et honorable. De nombreux thésards franchissent ainsi la ligne d’arrivée qu’ils ont eux-mêmes tracée, au forceps. Épuisés, mais soulagés. Enfin docteurs, ils ont le titre nécessaire pour se lancer à la conquête d’un poste. Le parcours du combattant ne fait que commencer.


NOTES
(1) Direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP), 2009-2010.
(2) Mohamed Harfi et Laudeline Auriol, « Les difficultés d’insertion des docteurs : les raisons d’une exception française », Centre d’analyse stratégique, note de veille, n° 189, juillet 2010.

(3) Michel Beaud, L’Art de la thèse, La Découverte, rééd. 2006.
(4) Claudine Herzlich, Réussir sa thèse en sciences sociales, Nathan, 2002.

(5) « Rapport sur les conditions de vie et de travail des doctorants », Université européenne de Bretagne, 2010, www.univ-rennes2.fr/sites/default/files//UHB/ESPACE-RECHERCHE/Rapport_conditions des doctorants.pdf
(6) Philippe Moguérou, Jake Murdoch et 
Jean-Jacques Paul, « Les déterminants de l’abandon en thèse : étude à partir de l’enquête Génération 98 du Céreq », www.collectif-papera.org/spip.php?article679
Source:http://www.scienceshumaines.com/la-solitude-du-thesard-de-fond_fr_27741.html

Les 7 Questions Les Plus Stupides Habituellement Posées Lors D'une Soutenance De Thèse

La préparation d'une thèse est une épreuve pénible qui comporte de nombreux rites tribaux. Ceux-ci feront probablement l'objet de nombreux travaux chez les sociologues et anthropologues du futur, mais la rédaction de Parenthèse, toujours à la pointe du progrès, a décidé de se pencher ce mois-ci sur un passage particulièrement délicat, à savoir la Soutenance de Thèse, qui n'est pas sans rappeler par sa brutalité la Grande Cérémonie Initiatique des Papous de Nouvelle-Guinée, abondamment décrite par Lévy-Brul dans son oeuvre maîtresse « La Mythologie Primitive ». Nous allons nous intéresser plus particulièrement à la partie la plus cruelle de ce cérémonial, intitulée « Les Questions Du jury » (parfois aussi appelée « La Mise à Mort », bien que ce terme soit inexact, car il arrive souvent que l'impétrant survive plusieurs jours à l'épreuve), (j'en vois déjà qui sont tout verts...). Cette partie se doit donc d'être particulièrement soignée, d'autant que, faute d'horaire précis du pot qui suit habituellement, on assiste en général à une augmentation significative du taux d'assiduité à ce moment du rituel. Une fréquentation assidue de ces pots nous a donc permis de dégager un certain nombre de questions type que nous allons évoquer plus loin.



Il faut avant tout se plonger dans la psychologie d'un Membre du Jury. En effet, un Membre du Jury est avant tout un homme (ou une femme) comme les autres (quoiqu'en général pire), avec ses forces et ses faiblesses. Au cours du feu croisé qui suit la présentation de thèse, qui dure typiquement 30 à 40 minutes et dans lequel l'Impétrant doit essayer (souvent vainement) de démontrer qu'il a vaguement fourni un certain travail sur le sujet qui lui a été imposé, et qu'il lui est parfois arrivé de comprendre ce qu'il faisait, ledit Membre du Jury doit, lui, démontrer en quelques questions bien senties, le plus souvent en moins de 5 minutes (jugez de la difficulté !):
1) qu'il n'est pas simplement là pour manger des petits fours et boire du champagne à la fin, mais qu'il a parfaitement compris l'ensemble du travail dans tous ses tenants et aboutissants
2) qu'il lui est arrivé de lire quelques lignes du mémoire de thèse, en général d'ailleurs dans l'avion ou le TGV qui l'a amené jusque sur les lieux du cérémonial (d'ou l'intérêt ou l'inconvénient, suivant les cas, des Jurys notablement internationaux)
3) que son domaine de compétence est infiniment plus grand et sa vision du sujet plus vaste que (par ordre d'importance croissante) a) l'impétrant, B) les autres Membres du Jury, c) le Directeur de thèse et/ou le Directeur du Labo qui lui a payé son week-end à Paris, avec la tournée des cabarets classiquement associée.
Une fois ceci bien compris nous allons maintenant traiter des 7 questions standard qui reviennent le plus souvent, afin de fournir un manuel de survie en milieu hostile à tous ceux et celles qui espèrent survivre à l'épreuve.
Une remarque générale pour commencer. Dans le discours non-dit associé à toutes réponses, on doit retrouver obligatoirement au moins un des messages subliminaux suivants:
1) votre question est très intéressante et je vous remercie de me l'avoir posée
2) si j'avais pu avoir un directeur de thèse tel que vous, et non pas cette moule/frite qui m'en tient lieu !
3) je ne suis qu'un humble vermisseau et je vous remercie de m'éclairer de votre science 
4) t'as de beaux yeux, tu sais !
5) toute autre variation sur ces mêmes thèmes.


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Distinguons maintenant :

1) Les questions du type : 

« Mais pourquoi n'avez-vous pas utilisé la technique ou la méthode XX pour traiter le problème ? », avec le plus souvent le corollaire sous entendu : « il se trouve par le plus grand des hasards que je suis LE spécialiste mondial de la technique/méthode XX ».

Attitude à avoir :
Essayez de prendre l'air intéressé.
Ne dites pas : « j'y avais pensé, coco, mais mon directeur de thèse voulait pas »
Dites plutôt : « je n'ai malheureusement pas eu le temps, dans le cadre de la thèse, de développer cet aspect, mais cela me paraît une ouverture très intéressante pour la poursuite de ce travail ».
2) Les questions du type 

 : « Pourquoi ne mentionnez-vous pas les travaux de XX qui sont pourtant cruciaux pour cette étude ?», avec le plus souvent le corollaire sous-entendu : « Il se trouve par le plus grand des hasards que je suis coauteur de XX, d'ailleurs c'est moi qui l'ai formé ».
  

Attitude à avoir :

 
Prenez un air dégagé (évitez cependant de siffloter).
Ne dites pas :«je l'ai lu ton article, coco, mais j'y ai rien compris, tellement il est illisible, d'ailleurs mon directeur de thèse m'a dit que c'était nul »
Dites plutôt : « je n'ai pas mentionné votre travail, car il fait parti des travaux maintenant classiques, de même qu'on ne cite plus les travaux de Newton/Einstein/Dirac ».


3) Les questions du type 'Bernard Pivot' 

: « A la page XX de votre mémoire, vous dites que (ZZ) alors que page XX+N vous dites que (YY=nonZZ) », avec le plus souvent le corollaire sous-entendu: « Ce sont les deux seules pages que j'ai lues à fond, pensez si je m'en souviens ! ».

Attitude à avoir :
S'il a raison, c'est-à-dire s'il vous a surpris en flagrant délit de contradiction, vous pouvez essayer de lui démontrer qu'il a tort en enchaînant des arguments filandreux et de mauvaises foi qui noieront (peut-être) le poisson ; pour cela, citez abondamment votre mémoire et notamment les pages comprises entre XX et XX+N.
Par contre s'il a tort, afin de ne pas lui faire sentir son manque total de compréhension du sujet :
Ne dites pas :« si t'avais lu les N pages entre, t'aurais compris qu'il n'y a pas de contradiction ! »
Dites plutôt : « c'est effectivement une des contradictions soulevées par notre travail » ça gagnera du temps pour le pot.


4) Les questions du type 

: « Et si que vous feriez telles et telles choses et que sûrement ça ferait vachement avancer le sujet, vous ne croyez pas - » classiquement posées par un vieux prof gâteux à qui votre exposé et votre éventuel charme printanier (si vous êtes une fille, quoique..), plus la perspective d'aller bientôt manger gratis, a donné une décharge d'adrénaline/d'enthousiasme juvénile, comme à l'époque d'avant de sombrer dans le scepticisme et le cynisme de bon aloi associé à la profession.


Attitude à avoir :
Essayez de prendre le même air enthousiaste (c'est ce que les zoologues appellent « une posture en écho », elle vise chez les primates supérieurs à manifester l'harmonie du groupe).
Ne dites pas : « De toute façon je commence dans une semaine chez ParisBas pour faire de la finance, alors tes idées ... »
Dites plutôt :« oui » ça gagnera du temps pour le pot.

5) Les questions du type 

 'Maître d'Ecole' (d'avant Jules Ferry) : «à la page XX pourquoi manque-t-il deux virgules, à la page XX+1 , deux accents graves, à la page XX+2, un raton laveur etc.. etc.. ? » jusqu'à ce que mort s'ensuive.


Attitude à avoir :

Évitez de faire comme les autres Membres du Jury, à savoir bailler ou vous endormir.
Ne dites pas :« merci mon gars, laisse-moi ta liste et essaye de poser une question intelligente, ça nous changera, la dictée de Pivot c'était la semaine dernière »
Dites plutôt : rien..., et faite le gros dos en attendant la fin de la pluie en pensant au pot qui va bientôt suivre.


6) Les questions du type: 

 « A la page XX, dans le tableau/la courbe YY pourquoi manque-t-il les incertitudes/les barres d'erreur ? », classiquement suivies d'un discourt philosophiquoprisunic sur la glorieuse incertitude de la physique, la nécessité du recul quant aux grandeurs qu'on mesure et leurs ordres de grandeur, l'apprentissage du doute etc...


Attitude à avoir :
Essayez de prendre un air contrit.
Ne dites pas :« c'est la faute à la secrétaire », d'abord on dit « c'est la faute DE la secrétaire » et de toute façon cette excuse, qui a fait ses preuves il y a 15 ans, est inopérante maintenant que les thésards tapent eux-mêmes leur texte.
Ne dites pas non plus : << dans ce travail, les incertitudes ont été tirées par Monte Carlo/pile ou face mais là, j'avais plus de monnaie. »
Dites plutôt :« je compléterai les données pour le texte définitif».
Cette dernière réponse du type « Après le pot, le déluge » peut d'ailleurs s'utiliser pour toutes questions concernant un oubli, une demande de tableau, de courbes, de textes etc.. supplémentaires.


7) Les questions du type  

« Avez-vous calculé la grandeur XX qui est très importante pour blabla... ? », avec le plus souvent le corollaire sous-entendu : « C'est la seule grandeur que je connaisse/sache utiliser pour blabla.. ».


Attitude à avoir : 
Essayez de prendre un air entendu.
Ne dites pas :« Ça ne m'a pas traversé l'esprit une seconde »
Dites plutôt :« Bien évidemment, mais j'avoue ne plus avoir l'ordre de grandeur en tête », tout en vous tournant et en redirigeant la question vers votre directeur de thèse, qui prendra la même attitude et fournira la même réponse, parce que, lui aussi, ne tient pas à passer pour un imbécile, tiens donc !
Pour conclure de manière générale, il faut rappeler que si ce Cérémonial des Questions est le plus souvent un moment très pénible pour l'Impétrant, il l'est encore plus pour l'ensemble de l'assistance qui est venue pour se remplir la panse et non pas assister à un duel de rhétorique à fleuret plus ou moins moucheté. On visera donc à la plus grande concision des réponses qui sera un élément déterminant pour gagner du temps pour le pot
Source:inconnue